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Portègne automne
Portègne automne
nuage unique
exclamation sur l'horizon vertical
qu'approche comme un chat
le ferry trahissant les secrets
du Río de la Plata
C'est Buenos Aires
des vieux quartiers à la moderne agitation
et le barrio Palermo avec Juan Serafini
l'ami d'un jour démesuré
au fumet d'herbes près de Cole-Cole
en bas des cartes
lune de velours rousse et dévoreuse
antarctique manchot déchu sur le littoral
un désert aux nefs d'algues
Oiseaux rapaces au vent furtif
déchiraient la nuque et le ressac
le raz de marée avait des surprises
enfoncées profond aux cristaux
de nos iris émiettés
notre parcelle de monde inversé
C'est à Buenos Aires bien plus tard
automne effiloché
que défile devant nous
Rivadavia avenue
ceinture taille d'équateur
comme un travelling idéal
à travers l'œuvre inachevée
des faubourgs de planches et de tôles
étendues dissimulées sous la misère équarrie
et coups de crosse
pour enjeu final un stade
la Bombonera d'azur et d'or incandescence
devenir Maradona un autre l'idole
à la fin brûler en enfer
qui est une tour selon Borges Jorge Luis
Juan Serafini saute d'un bus au prochain
la patchanga des rues
des mille villes que comprend la ville
le nerf la sève vertébrale
vertige horizontal
de la fête bon marché
à l'écart des tangos recyclés
abreuvés aux bars d'angle
la marchandise provenance Colombie
entreprend la frénésie d'un jour sans fin
dont les échos séjournent au delta
la farce des nazis sur pilotis
face au Che auréolé la vie est jeune
Juan Serafini de Buenos Aires rencontré
le long des plus généreuses forêts natives
le cinquième jour de février sur un navire
( escale illicite Puerto Eden )
que l'on débarrassait par-dessus les bastingages
des animaux transportés malades pendant
la tempête qui remuait le Golfe des Peines
Juan Serafini amarine cet automne portègne
aux femmes cambrées qui se portent elles-mêmes
quarteronnes des cinq continents
au chaos fragmenté aux klaxons
aux matins de paille extrême Europe
à la mémoire d'un manchot de Magellan
résigné
Nous admirons Le voyage et
Le côté obscur du cœur comme le réel
décor de nos vies imaginaires
Je quitte l'horizon aplani par le ferry
écriture courbe à mes hanches
trait d'interrogation à décoder
se dirigeant vers les saisons
de Montevideo
le pansement du fleuve bouche béante
la rive qui se penche
et les poings suspendus au sillage.
(extrait de Monde jumeau)