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Arles

 

 Tauromachie

Rouge est le sable
des arènes en Arles
Ocre est le sang
du Miura toro sévillan
qui gicle suffocant
en battues sourdes
Comme un soc
il égorge la terre

Rouge est la muleta de
Chamaco circonstance de lumière
A trop vouloir morceler
les soleils ocres il finit
par s'en dissocier pestant
tout contre les quadrilles d'un ciel
qui pourrait sans se pencher
l'avaler lui, homme que la fierté
rend fou malgré ses
serviles génuflexions

Rouge le gilet beuglant d'El Quitos
pour avoir défié face au toril
la bête aveugle chargeant droit
de ses cornes contrariées
la puissance diffuse
de mille feux recueillis

Rouge est la vision
statique de Jesulin de Ubrique
sacrifiant pour la transe
collective les forces brutes
révolte, voltes et passes
Intensément cambré
il ajuste l'épée
à la ligne tendue acérée
que fondent son regard
et l'échine d'impact
Le premier qui bougera
mourra, Miura

Sanglante est la lune
qui dilate nos navrantes pupilles
au fond des bodegas gitanes
le long des inclinaisons
ocres et feria de Sarah
Sous un soleil d'aplomb
le taureau sans nom
esquisse une rebuffade
Il avance chancelant
envahit le territoire
de l'entre-deux mondes
Jesulin espada proche d'enstase
demeure en lui-même comme
en l'âme animale
Au cœur de l'harmonie troisième
lorsqu'il rompt l'équilibre à maturité
sectionnant d'estoc au garrot
le flot vital
c'est encore lui qu'il condamne
ainsi que nous spectateurs
au souffle soudain retenu
qui l'avons délégué

Mais Jesulin est sauvé
par l'injonction du Miura
et le pacte secret qu'ils ont
noué loin de nos complots
car le taureau possède à présent
en partage le torero
et par conséquent
chacun des spectateurs
En nous persiste l'animal
qui le premier remua
son infinie patience
plombée de soleil
entérinant l'échange
Le Miura, en un spasme, ordonne :
tue
il me faut mourir pour
que tu naisses encore

Rouge de Rhône
est la veine découverte
pulsant à l'unisson
de l'animal banderillé
à l'ocre fatalité
que le sable
des arènes en Arles
résorbe.

(extrait de Par l'oeil blessé)